LA RÉPUBLIQUE A-T-ELLE ÉTÉ VRAIMENT INSTITUÉE DANS NOTRE PAYS?

A L’OCCASION DU 25 JUILLET, FÊTE DE LA REPUBLIQUE :  LA RÉPUBLIQUE A-T-ELLE ÉTÉ VRAIMENT INSTITUÉE DANS NOTRE PAYS?                  Cela fait 59 ans que la République fut annoncée par l’Assemblée Nationale Constitutive, le 25 Juillet 1957 et bien qu’une telle déclaration soit, en elle-même, un élan historique progressiste et important en mettant un terme au règne de la dynastie Husseinite collaboratrice et corrompue, l’expérience du pouvoir durant les décennies qui ont suivi a montré clairement que la Tunisie n’a été transformée en république que verbalement puisqu’à la dictature de la dynastie s’est substituée la dictature du parti puis celle de la personne du « Combattant Suprême » en une première étape et en seconde étape celle de « l’Homme du Changement ».             La constitution du 1èr Juin 1959, notamment les amendements consécutifs qu’elle a connus, a fait écrouler la république pour ériger à sa place un système hybride, d’allure républicaine moderniste mais de fond individualiste, arbitraire et répressif. « La république de Bourguiba » a atteint l’extrême limite de dérapage avec la proclamation de la présidence à vie en 1975. Le président prétendait, par vanité et narcissisme, avoir crée de ses mains le peuple tunisien qui n’était auparavant qu’un groupe d’individus. L’absolutisme n’était pas l’unique caractéristique du régime de Bourguiba mais surtout la dictature. En effet, le régime a fait asseoir, dès ses débuts, son règne sur l’élimination sanguinaire des opposants yousséfistes et sur la répression des diverses formations politiques gauchistes, nationalistes, syndicalistes, estudiantines et islamistes outre la corruption et la dépendance absolue vis-à-vis de l’étranger, notamment de l’ancien colonisateur, la France et des fonds de pillage et d’exploitation qui ont contraint le régime à adopter des options impopulaires et non patriotiques ; ce qui a fait perdre à la  « république » sa dimension sociale. Ces mêmes caractéristiques du régime ont persisté sous le règne du général Ben Ali qui a gouverné le pays de main de fer durant 23 ans et l’a transformé en domaine privé au profit de sa famille ; chose qui a incité le peuple à se livrer à des batailles consécutives contre  son régime qui se sont terminées par une grande victoire l’obligeant à prendre la fuite. Notre peuple a réussi à imposer la Constituante en tant que mécanisme permettant la transition effective du totalitarisme absolu et de l’état de « République/royauté » à celui de République réelle qui n’a de sens qu’en situation de démocratie, de souveraineté populaire et de dignité nationale. Si le peuple a pu, grâce à sa lutte obstinée contre la majorité de droite réactionnaire au sein de la Constituante, rendre possible l’élaboration d’une constitution démocratique, le processus d’édification de la république, dite seconde par certains car celle du 25 Juillet 1957 a été compromise, a trébuché en raison des tentatives de retournement contre-révolutionnaire fomentées par l’alliance l’État profond/Mouvement Ennahdha. Aujourd’hui, les choses sont toujours au même point. La création des instances et des institutions constitutionnelles fondamentales de la république se trouve dans le blocage, le Conseil Supérieur de la Magistrature, la Cour Constitutionnelle, en l’occurrence. Les chevauchements de rôles entre l’État comme service public et le parti ou les partis au pouvoir se poursuivent nourrissant ainsi favoritisme, trafic d’influence, corruption et prédominance de la logique du butin à partager et de l’accaparation chez l’ensemble des composantes de la coalition au pouvoir et notamment chez Nidaa et Ennahdha. L’offensive menée contre le processus de la justice transitionnelle et sa déstabilisation à travers certaines initiatives législatives prises par la présidence de la république en vue de le saper n’a pas cessé. les atteintes aux libertés publiques et individuelles commencent à se manifester à côté du retour en force de la mafia qui dirige réellement le pays, les partis au pouvoir et les institutions de souveraineté. Aussi, le grand danger pour la république n’est-il pas de porter atteinte, de façon méthodique, à la souveraineté nationale, via la soumission avilissante aux centres de décision internationaux, en particulier le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale qui ont plein pouvoir sur de nombreux dispositifs et institutions, l’Assemblée des Représentants du Peuple, entre-autre, transformée sous le Quartet, en bureau d’ordre et ayant pour rôle unique l’approbation des accords de prêts humiliants. Ces derniers temps, des signes de retour au pouvoir familial commencent à pointer au Palais de Carthage ; ce qui constitue une menace sérieuse à la république. Désormais, la vigilance de notre peuple et l’action de ses forces révolutionnaires et progressistes et leur résistance aux formes de réaction et de retournement contre-révolutionnaire sont les seuls garants pour la réorientation de la marche vers la république démocratique et sociale pour laquelle notre peuple a offert ce qu’il avait de plus cher et de plus précieux.   Editorial "La Voix du Peuple" n° 218, du 22 Juillet 2016

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